Zut, c'est dommage, pour une fois qu'on est tous là, il en manque deux.

Juin 2014

Avec : Stéphane Juglet, Justine Rome, Mélanie Blanche, Yannick Foucqueray, Candice Radin, Clément Villa.

Accompagnés de : Frode Bjornstad, Claudie Douet et Victoria Horton.

En Septembre 2013, Frode Bjornstad est rejoint par Claudie Douet, danseuse et chorégraphe, qui progressivement l'assiste à la mise en scène et par Victoria Horton, ex-professeur de français et auteur de plusieurs romans.

Une mise en mouvement des corps prépare alors le jeu des acteurs basé sur le relâchement des tensions, la conscience de l’espace, la confiance et l’écoute de l'autre.

Depuis le gradin, Victoria Horton devient le témoin privilégié des répétitions, prenant des notes sur ce qui se joue au plateau et en dehors. Elle livre ses écrits aux meneurs de l’Atelier qui les amènent à poser un regard distancié et critique sur ce qui a lieu.

Le groupe se consolide et décide collectivement de s’appeler « Les Volontiers ».

Les travaux de l’atelier sont présentés au public à la Fonderie le 11 mai 2014 et le 14 juin 2014 dans le cadre du Festival Actes.

Le titre est donné par Mélanie Blanche, qui lors d’une répétition, livre avec étonnement :

« Zut, c'est dommage, pour une fois qu'on est tous là, il en manque deux. »

Témoignages de Victoria Horton, écrivain assistant aux répétitions

« Ils se sont fait accompagner par un père accueillant, ou bien on les a mis dans le tram en leur recommandant de bien descendre à Lafayette, parce qu’au bout de plusieurs trajets ils ont assimilé

le nom et le visage de la station.

Pourtant sur le plateau ils ne sont plus les mêmes ils sont transfigurés ils sont eux-mêmes. Les

pieds trépident, les genoux tremblent, le corps manque brusquement mais le regard est intense,

comme fixé sur un au-delà des mots.

Êtes-vous de ce temps ? Êtes-vous ? Où êtes-vous ? Avec qui êtes-vous ? Pourquoi êtes-vous ? Quel

âge as-tu ? As-tu l’âge du siècle ? Ton âge est-il de ce siècle ?

Le maître d’oeuvre prévient, avec délicatesse : « Ces mots, ce serait bon qu’on réussisse à les

savoir par coeur un jour ».

En attendant on les dit, comme on décrocherait du ciel quelques fragments d’éternité. On les dit on

les répète en écho on les chante – c’est que l’éternité, pour la trouver, pour la donner, pour nous

la donner comme ils nous la donnent, il en faut du temps, de la patience, de la ferveur.

Qu’est-ce que l’éternité, qu’est-ce que la vie divine, sinon de ne faire qu’un avec toute chose ? »

Et après la représentation du 15 juin 2014

Voilà c’est dans un mois, c’est la semaine prochaine, c’est demain, et puis déjà ce n’est plus

demain, c’est aujourd’hui, c’est cet après-midi, comme ça va vite, c’est dans une heure.

Ils n’ont pas pu répéter depuis deux semaines et le maître d’oeuvre est inquiet. Le maître d’oeuvre

est souvent inquiet. Son inquiétude est une grâce : elle tient le fil, ce fil qu’il a tissé lui-même et

qu’il est seul à distinguer d’un bout à l’autre dans les hauteurs du plateau.

Et puis c’est maintenant, c’est là, tout de suite.

Enfin, musique, vidéo, un transat animé qui retombe sur ses pattes, voici les Volontiers. Ils se

tiennent alignés debout là-bas tout au fond et lorsqu’ils s’avancent sans un mot nous savons tout de

suite qu’ils sont présents à la boule qui se forme dans nos ventres. Nous voyons tout de suite qu’ils

savent pourquoi ils sont là et pourquoi nous, nous sommes là. Puis tout s’enchaîne sans un heurt, le

temps vole, le silence est plein à craquer et maintenant ils parlent, ils nous parlent, ils bougent, ils

se portent eux-mêmes comme ils peuvent, ils nous portent, nous sommes face à eux comme avec

eux.

Stéphane lit d’une voix forte les poèmes qu’il a composés et que Yannick bientôt, tout

plein de son rêve intérieur, va jeter généreusement, du geste auguste du semeur, dans la poubelle

verte, ou qui sait où, mais ce n’est pas trop grave, Stéphane les connaît par coeur ses poèmes et puis

il en écrira d’autres, d’ailleurs on finira par en retrouver un roulé en chiffon, Clément danse à sa

façon précise tout en veillant au grain, Candice toujours un peu raide, qui se donne un peu et se

prête beaucoup, mais si belle dans son costume rouge, et puis tiens zut c’est dommage, pour une

fois qu’on était tous là il manque Justine et qui saurait porter comme elle le nez de clown et

déchiffrer gravement la feuille blanche qui lui tient lieu de bulletin de salaire mais Mélanie, royale,

la remplace au pied levé.

Et lorsque sous les applaudissements elle vient chercher Claudie pour serrer ensemble dans ses

bras les deux qu’elle veut remercier, nous voudrions nous aussi pouvoir le faire avec cette chaleur

et cette élégance.