Bingo

Création en cours

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Avec : Lynda Buain, Frédéric Blottière, Fabien Cassé, Mickaël Guédé, Stéphane Juglet, Jocelyne Lediguerher, Laurent Lemaitre, Lindsay Papin, Stéphane Perlinski, Clément Villa, et Pascal Vovard.

Accompagnés de : Frode Bjornstad, Léo Boisson, musicien, Claudie Douet, Jean Guillet, technicien lumière et Eric Minette, plasticien.

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Le groupe des Volontiers a pris l’allure d’une troupe. Tous sont présents à l’Atelier depuis plusieurs années.

Un lien de fraternité s’est tissé entre les participants. Ce qui se montre au plateau devient plus perceptible au regard de l’autre, au partenaire de jeu et au spectateur. Les Volontiers dévoilent des qualités de présence d’acteurs d’une rare densité laissant apparaître beaucoup d’intimité.

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Depuis le début de l’année 2019, la recherche artistique des Volontiers s’inspire du jeu du loto. Cette idée de fabriquer un spectacle à partir de ce jeu si populaire répond à une envie de l’ensemble de la troupe.

Un titre a été donné : Bingo !

Une sorte de drôlerie et de légèreté s‘est emparée de ce nouvel univers au travers d’une successions de poèmes, parlés, chantés, de moments musicaux suspendus à la voix sensuelle et constante de Fabien Cassé, prenant le rôle d’animateur de ce loto.

L’espace sonore est investi par les acteurs eux mêmes : certains jouent de la guitare ou des percussions, d’autres chantent. Chacun a trouvé sa manière d’accompagner les protagonistes des différentes séquences.

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Une première ébauche de ce travail a été montrée les 1 et 15 juin 2019 à la Fonderie.

 

Les Volontiers ont également été invités à présenter cette création en cours le 16 novembre 2019 à Gorron par l’Apeï 53 qui fêtait les les 50 ans d’anniversaire de leur association lors d’un week-end de rencontres intitulé « Le handicap, quel talent(?) ! »

Quatre cent spectateurs ont assisté à cette représentation.

 

Ce fut l’occasion pour les Volontiers de vivre pendant deux jours comme une une troupe de théâtre en tournée.

Accueillis la veille de la représentation, ils ont pu répéter sur la scène de l’Espace Culturel de la Colmont, prendre les repas au restaurant, dormir dans un gîte, rencontrer le public après la représentation et dédicacer leurs livres dans l’espace dédié aux expositions.

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Après ces premières représentations, il est prévu d’envisager les prochaines en commençant par un vrai loto et d’inviter une trentaine de spectateurs à partager l’espace du plateau pour jouer et gagner des lots avant de dériver imperceptiblement vers une forme théâtrale.

 

Les acteurs des Volontiers ont déjà commencé à confectionner des lots : Lindsay Papin a réalisé plus de deux cent scoubidous.

(À la mode dans les années 1960, les scoubidous n'ont jamais vraiment disparu de la circulation et reviennent aujourd'hui en force. Ces tresses alambiquées sont à la fois décoratives et utiles et c'est ainsi qu'on les retrouve avec des clés, des sifflets, des badges ou des fermetures Éclair)

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Critique de Bingo par Frédéric Salle après la représentation du 1 juin 2019

  Le dernier spectacle offert par la troupe des Volontiers tient de la gageure et de l’oxymore : nous faire assister à un loto poétique. Pari réussi, mais singulièrement casse gueule...

Ceux qui suivent la petite troupe depuis sa création et connaissent le duo Claudie Douet/Frode Bjornstadt savent à quoi s’en tenir, avec eux pas question de tourner en rond, chaque représentation est un défi, un moment unique d’échange et de rencontre entre un public et des acteurs hors-norme.

 

  Dés la première minute, le maître de cérémonie, Fabien Cassé, égrène des numéros d’une voix spectrale, somnambulique, et d’une irrésistible drôlerie. Ce loto, on sent tout de suite qu’il n’est qu’un prétexte... très vite, tout s’emballe et nous entraîne dans un univers passablement anarchique. Et, si un beau désordre est bien un effet de l’art, il faut croire que tous ces comédiens, en situation de handicap, sont de merveilleux artistes.

 

  Que nous proposent-ils ? Du théâtre expérimental ? Répondre par l’affirmative, ce serait réduire leur performance à un procédé, à une recette déjà mille fois éprouvée. Ce serait passer à côté de la générosité de leur proposition : il s’agit là, dans une forme qui s’élabore d’instant en instant – à partir d’un canevas suffisamment lâche pour laisser passer la lumière de l’imprévu – de laisser chacun trouver sa place dans une œuvre collective. Car, et c’est là un premier miracle, la voix de chacun parvient à se faire entendre, parfois tonitruante, parfois discrète, à la limite du chuchotement.

 

  Peu importe ce qui se dit, au premier degré : on se laisse porter par le jeu des répétitions, où les mêmes mots, dits et redits, suggèrent des émotions toujours neuves. Ainsi, Mickaël Guédé, enfermé dans un minuscule théâtre de poche, qui feint de se plaindre du désordre qui y règne après le passage de Stéphane Perlinski, travesti en maîtresse femme rouge des pieds à la tête, Jocelyne Lediguerher, qui se lance dans la liste de tout ce qu’elle déteste, reprise en écho par Pascal Vovard, mais sur un mode mineur, comme pour souligner la bouffonnerie d’une telle énumération. Des mots que l’on remplace par des sons bruts, des accords de guitare déglingués, des vocalises, des mélodies impromptues ou bien même, énoncés sur tous les tons, par les numéros d’un loto psychédélique, scandés par des bingos! jubilatoires et l’annonce de gains que personne ne songe à venir chercher...

 

  Une œuvre bigarrée, un assemblage de trouvailles scéniques, d’images loufoques ou austères jusqu’à l’épure, un tourbillon de costumes improbables, de coq-à-l’âne, qui tiennent debout, pourtant. L’unité du propos, c’est l’esprit qui anime ces cœurs blessés, si vulnérables parfois, et pourtant solaires, parce qu’ils sont ensemble : il n’est que de voir ces mains qui se posent fraternellement sur une épaule, ces regards qui se soutiennent...

 

  Clément Villa, barde hirsute sanglé dans une robe de petite fille modèle. Il chante, et déclame des vers improvisés, tourne, virevolte et se livre corps et âme au pur bonheur de jouer, accompagné par deux guitaristes, Pierrick Lefranc, en coulisse et, sur les planches, Laurent Lemaître qui se déchaine sans se soucier des notes ni du solfège, une pure énergie, à lui seul un concert de rock ultra-viril, une rage sans objet ni syntaxe, qui cherche à couvrir le champ de la scène. Peut-être ne s’agit-il que de ça, à cet instant : exister. Et ces deux acteurs, jouant chacun sa partition, dans son registre propre, deux contraires pourrait-on dire, trouvent le chemin d’une improbable harmonie qui nous saisit à la gorge, le temps d’un tableau baroque, pour le moins.

 

  L’atelier écriture, qui lui succède, est un autre moment fort du spectacle. Trois comédiens s’installent lentement à une table, leur texte à la main. Derrière eux, débordant d’un petit théâtre de marionnettes, trois gaillards, portant d’invraisemblables chapeaux à fleurs, se tiennent immobiles, dans une posture d’attentive écoute. Linda Buain prend la parole et l’on voit soudain surgir un souvenir d’enfance : elle a trois ans, et ses oncles et tantes s’adressent à sa mère au-dessus de sa tête. Leur gestuelle, les mots très simples choisis par les adultes pour déchiffrer le mystère de cette enfant pas comme les autres, sont restitués avec une intensité, une vérité qui vous coupe le souffle. Puis vient le temps d’un dialogue où Stéphane Juglet, belle figure ardente et fiévreuse, lit en chuchotant un poème de sa composition, soutenu du geste et du regard par Linda Buain. Deux présences qui s’étayent l’une l’autre, puis sur un signal énigmatique que lui adresse sa partenaire, Stéphane se lève, se redresse et se déploie : dans un sursaut, il donne soudain de la voix et voici qu’une ronde ensorcelée se forme autour de lui, comme suscitée par le seul jaillissement d’une révolte trop longtemps contenue, une révolte féroce et joyeuse à la fois, qui défie toutes les lois de l’apesanteur.

Plus tard, s’élève la voix de Lindsay Papin. Sa présence discrète, à la limite de l’effacement, trouve alors, entre deux convulsions de la petite troupe, l’occasion de faire entendre sa musique si particulière, à la manière d’une respiration très douce, d’une ouverture miraculeuse vers le ciel.

 

  Tout ne tourne pas rond, dans ce spectacle : il y a ces silences, ces paroles qui se chevauchent parfois, ces changements de décor « à l’arrache », il y a ces dissonances, ces ruptures de ton et de rythmes. Rien de linéaire, rien de convenu, rien que la grâce de l’instant, qui se donne ou se refuse, et maintient le public en état d’alerte et d’intranquillité créatrice. On ne peut pas entrer à demi dans ce maelstrom, on y plonge tout entier, ou pas du tout. Et voilà la beauté de la chose : la rencontre, l’échange ne sont pas garantis, il faut y donner de soi. Ici, la frontière entre les deux mondes s’estompe, son inquiétante porosité crée un effet de miroir qui n’a rien de fortuit. Ainsi, lorsque les comédiens s’assoient en ligne face à la salle, dans les derniers moments de la représentation. Sous la houlette de Frédéric Blottière, ils nous dévisagent alors et, dans cette inversion des rôles, nous font sentir le risque auquel ils viennent de consentir. Le risque d’un premier rendez-vous. Qu’ils se rassurent, ceux qui sont venus assister à ce loto d’enfer ne le regrettent pas : toutes les grilles étaient gagnantes !

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Quelques mots sur l’Atelier aujourd’hui

« Ce qui donne corps à cet acte artistique est l’envie de prendre soin de l’autre en offrant la possibilité à ces acteurs de laisser surgir une forme d’expression théâtrale libre de toute convention, dans le respect de leur singularité.

 

Nous délimitons un espace de jeux, un terrain d’expérimentations gestuelles et sonores, soutenant leurs propositions aussi timides qu’exubérantes, nous adaptant à chacun avec l’intention constante de leur donner confiance pour aller vers une forme d’autonomie.

Beaucoup d’improvisations, de tentatives nourrissent ces travaux.

 

Nous ne cherchons pas à remplir les vides qui peuvent envahir le plateau, au contraire, nous les acceptons, nous faisons avec les obstacles, les attentes, les riens. Parfois, des espaces imaginaires et poétiques surgissent comme de véritables moments de grâce dont nous nous inspirons pour élaborer une forme scénique.

 

L’écriture du spectacle n’est pas narrative. Nous ne choisissons pas de jouer un texte écrit par un auteur. Nous composons des cellules, des fragments de scène constitués pour la plupart de textes qu’ils ont écrits et qui les racontent, puis au fur et mesure des répétitions , comme les pièces d’un puzzle, nous trouvons leur assemblement.

 

Certains acteurs n’ont pas la capacité de mémoire ou ne savent pas lire mais ils ont une liberté d’improvisation telle qu’ils proclament les mots dans le présent de la situation scénique selon un imaginaire défini ensemble au préalable.

Frode Bjornstad, Claudie Douet

Témoignages de parents

Témoignages de Monsieur et Madame Villa, parents de Clément, acteur des Volontiers depuis 2013.

Notre témoignage de parents sur la troupe des Volontiers.

Il s’est passé deux choses importantes depuis la création de cette troupe :

  • D’abord, la rencontre avec la réussite : beaucoup de ces jeunes adultes n’avaient connu dans toute leur vie que l’échec. Notre fils Clément par exemple souffrait de s’apercevoir que ce que faisaient naturellement les gens sans problèmes psychiques ou psychiatriques lui était inaccessible. Pour la première fois avec les ateliers théâtre et écriture Clément et ses compagnons sont reconnus, applaudis et cela a une répercussion bien au-delà de ces activités.

  • La constitution d’un vrai groupe. Au fil des années, la troupe des Volontiers est devenue importante pour ses membres, importante en tant que telle, pas seulement pour ses réalisations. On sent chez eux la conscience que la vraie réussite collective du groupe est dans sa pérennité. 

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Témoignages d’Agathe Ouzeau, monitrice-éducatrice.

J'ai été invitée à participer à cette belle aventure des Volontiers au sein de La Fonderie dans l’exercice de mon travail en 2017. Quatre personnes que j'accompagne font partie de cette troupe théâtrale. Je mesure toute la richesse et la qualité de ces temps en participant aux interactions que ce soit au théâtre ou au foyer. J'observe tout le bénéfice que cela apporte aux personnes porteuses de handicaps dans leur expression, leur confiance en eux, pour leur reconnaissance d'être et d'exister. Cela permet une inclusion, une interaction avec le public, dans la parole mais aussi les gestes de bienveillance qu'il reçoivent. Les applaudissements lors de la fin d'une représentation est souvent source d'émotions que l'on peut lire sur leur visage et moi qui les connait bien, leurs corps parlent d'eux même. Je peux découvrir tout le bénéfice que cela apporte dans leur vie au foyer où à l'extérieur. Le théâtre représente un socle où ils vivent des moments fort de reconnaissance d’être à part entière où ils peuvent être eux même et être accepté.

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